Quand faut-il passer du trading virtuel au trading reel ? 


C’est LA question que tout apprenti trader en vient à se poser à un moment ou à un autre, et à laquelle il n’y a pas de réponse précise et définitive, tant elle dépend de très nombreux critères propres à chacun. Pour n’en citer que quelques uns, montant du capital dont on dispose, facilité ou non à le remplacer en cas de perte, qualité et efficacité de la méthode, degré de confiance qu’on lui accorde, capacité psychologique à encaisser des gains et des pertes plus ou moins importantes, répétitives, etc …

Cet article n’a pas l’ambition de proposer la solution miracle pour prendre une décision si difficile, mais d’apporter des éléments de réponse qu’il pourrait être judicieux de prendre en compte avant de sauter le pas. Il s’adresse principalement à ceux qui pratiquent le trading directionnel, mais peut aussi apporter une aide aux adeptes du scalping ou du trading au carnet d’ordres.
Nous espérons qu’il vous sera utile.

Comme chacun le sait, le passage du trading virtuel (ou paper trading) au trading réel est un moment difficile car il implique l’engagement du capital, et donc une situation nouvelle génératrice de stress et de moments psychologiques intenses. Impossible d’appréhender cette tension sans se jeter à l’eau.
Cependant, avant de pratiquer un essai «en vrai», il est indispensable de réfléchir à la manière de bien employer son capital et de se préparer psychologiquement pour limiter le stress, les désillusions, et les « douleurs » qui ne manqueront pas de survenir.



Accepter de payer un coût d’apprentissage pour devenir trader

En premier lieu, il ne faut engager que du capital dont on accepte la perte, même si c’est avec beaucoup de difficulté. C’est le coût de l’apprentissage. Et il vaut mieux accepter rapidement cette possibilité, car tous les traders qui réussissent et perdurent dans cette activité, donc les meilleurs, confirmeront qu’ils ont perdu de l’argent au début. Et quelquefois beaucoup. Certains auteurs américains n’hésitent pas à parler de plusieurs dizaines de milliers de dollars.

La sagesse implique que cette somme soit limitée dans son montant. Même si l’on est à la tête d’une grande fortune, ce capital correspond au prix de la formation et à la mise de départ.
Après un certain nombre de mois de trading, il sera utile de tirer les premiers enseignements. A combien s’élèvent les gains ou les pertes ? La méthode est elle fiable ? Des progrès sont ils réalisés? Peut-on vivre de cette activité ?

Il va sans dire que cette formation n’est pas éternelle, mais limitée dans le temps. Sinon certaines interrogations resteront sans réponse.

D’où les questions subsidiaires, à savoir quel capital engager, et sur quelle durée ?
Les réponses dépendent des marchés sur lesquels on souhaite intervenir.
D’une manière générale, on considère que la perte subie lors d’un trade ne doit pas affecter plus de 1 % du capital total. Celui-ci correspond à la somme investie pour le trade, plus 100 pertes possibles.

A titre d’exemple, en décidant de trader l’Eurostoxx, dont chaque point vaut 10 €, il faut d’abord acheter un contrat, soit 1.500 € environ. Si le risque de perte couvre un stop systématiquement placé à 9 points plus une commission broker de 10 €, soit une perte potentielle de 100 € pour chaque opération, le capital idéal de départ devrait être de 11.500 €.
Bien sûr, beaucoup débutent le trading avec moins. Ils prennent simplement le risque d’être éjecté du marché plus tôt, en ne réalisant que quelques dizaines d’opérations, ce qui peut être insuffisant pour déterminer les causes réelles de l’échec.

Quant à la période de formation, en considérant que la méthode consiste en du suivi de tendance, on peut estimer le nombre de trades à 2 par jour, soit 50 jours de trading, arrondis à 3 mois.
Si l’activité s’avère gagnante à la fin de cette période, il sera temps de procéder à un premier examen pour calculer entre autres le nombre de trades gagnants et perdants, le gain et la perte moyenne, toutes informations nécessaires pour vérifier la progression et éventuellement améliorer la méthode (en rapprochant le stop par exemple).
Si au contraire le capital est en partie ou totalement perdu, une pause sera la bienvenue pour comprendre d’où viennent les pertes (mauvaises analyses, entrées précoces ou tardives, incapacité à prendre les pertes ou à sortir après un trade profitable, etc…) et s’il faut revoir la méthode.

La tenue d’un journal précis des opérations effectuées durant cette période clé est hautement recommandée pour qui veut en tirer tous les enseignements.

Il est essentiel de ne pas perdre de vue que l’on souhaite faire du trading son activité principale, donc en vivre. En tenant compte des charges sociales, mutuelles et impôts, un revenu net de 2.000 € implique des gains du double, soit 4.000 € par mois. Pour reprendre l’exemple précédant, et pour 20 jours de bourse par mois, à raison de deux trades par jour soit 40 en tout, chaque opération doit rapporter une moyenne de 100 € (10 points) nets de commission, sur la base d’un contrat. Ce qui n’a rien d’évident. Engager deux contrats (ou plus) facilite l’atteinte de l’objectif, mais double le capital initial nécessaire. Si un tel revenu n’est pas atteint après trois mois d’essai, il faut avoir le courage d’analyser froidement la situation, pour savoir si l’évolution des opérations laisse augurer l’atteinte de l’objectif dans un délai raisonnable, ou si au contraire les rentrées végètent à un niveau insuffisant.

Pour ceux qui en ont les moyens et en cas d’échec, la limitation du capital pour ce premier essai autorise un second test quelques mois plus tard après prise de conscience des causes d’une telle déroute et mise au point de nouvelles règles d’intervention.


Une préparation indispensable pour atténuer le stress


A l’évidence, le trading réel génère beaucoup de stress, mais si on l’analyse avec attention, on constate 3 causes distinctes sur lesquelles on peut intervenir pour l’atténuer.

+ Le stress crée par l’utilisation de la plateforme de passage des ordres.
C’est le plus facile à résorber. Tous les brokers offrent aujourd’hui la possibilité de tester leur plateforme de passage des ordres pendant plusieurs semaines. Il faut utiliser cette opportunité pour s’habituer à passer les ordres de manière quasi automatique, rapidement et sans erreur.
Rien de plus rageant que de passer un ordre de vente au lieu d’un ordre d’achat, ou un ordre limite pour un stop. Même les meilleurs traders font encore ce genre d’étourderie après plusieurs années de pratique, mais ce doit être une exception, pas une constante.

+ Le stress dû à la méthode.
La mise au point d’une méthode efficace est un élément crucial dans la décision de débuter le trading. Et cela suppose, en tout cas pour le suivi de tendance, des graphes clairs et facilement interprétables. C’est primordial d’avoir confiance dans ses graphiques. Mais cela demande des années de tâtonnements et d’efforts pour les élaborer.
De même, la réussite régulière donne de l’assurance, alors que les pertes génèrent le doute et le découragement. Dans la théorie, il est tout à fait possible d’avoir une méthode dont les trades perdants sont plus nombreux que les trades gagnants, si les gains sont importants et les pertes rapidement coupées. C’est d’ailleurs souvent le cas avec les systèmes automatiques qui ne connaissent pas l’émotivité. Mais en trading discrétionnaire, c’est psychologiquement difficile à supporter, il faut en avoir conscience.
C’est pourquoi beaucoup de traders adaptent leur technique pour avoir plus de coups gagnants, par exemple en sélectionnant plus drastiquement les opportunités.

Enfin, il ne faut pas surévaluer l’impact du money management au détriment de la méthode comme le font beaucoup de débutants, surtout s’ils ont suivi des formations sur ce thème. C’est la méthode qui reste l’élément déterminant de la réussite.
Et pour résumer cette dualité:

+ Une mauvaise méthode avec un mauvais money management mène à la ruine rapidement,
+ Une mauvaise méthode avec un bon money management tue à petits feux,
+ Une bonne méthode avec un mauvais  money management au mieux maintient le trader juste en vie, au pire le
.. coule plus ou moins vite,
+ Une bonne méthode avec un bon  money management enrichit pour la vie.


+ Stress inhérent au risque de perte du capital.
On ne peut le supprimer, sauf si l’argent coule à flots et n’est donc plus un problème. Mais ce n’est généralement pas le cas. Aujourd’hui, on peut nettement réduire la tension due aux pertes en choisissant de nouveaux supports. Les CFD (Contracts For Difference) sont un bon moyen de côtoyer le marché des actions en n’engageant qu’un montant limité sur chaque opération. De nombreux brokers proposent aussi des mini-lots sur le forex avec un pip à 1 euro. Bien sûr, on ne peut vivre de ses gains avec de tels supports, mais cela permet de s’assurer que la méthode est efficace, que les entrées et sorties sont correctement effectuées, sans précipitation, que l’on place convenablement ses stop, et que l’on conserve sa capacité de jugement intacte même lorsque le marché s’affole. Il faut ajouter que si la technique marche sur le forex qui est un marché particulièrement volatile et réactif, elle a toutes les chances de fonctionner aussi sur les autres marchés.


Des difficultés psychologiques insoupçonnées

La plateforme de passage des ordres est maintenant maîtrisée, la méthode bien au point, le capital disponible et les essais sur les mini-lots du forex ou les CFD sont concluants.
Le moment n’est il pas venu de passer au trading grandeur nature ?
La réponse est à priori positive. Mais il faut avoir conscience que de nombreux problèmes psychologiques sont sous-estimés, impossibles à imaginer tant que l’on n’a pas fait le grand saut.

Devenir trader, c’est développer des capacités psychologiques spécifiques que la plupart des personnes ne possèdent pas naturellement.
C’est tout d’abord penser en termes de risques, raisonner de manière probabiliste.
Si le risque de perte est de 1, quel est le montant de gain minimum qui justifie l’ouverture d’une position ? 1,5 fois la perte, 2 fois ? Plus ? La règle étant fixée, par exemple 2 pour 1, est-elle toujours respectée ? Si non, pourquoi ?
Quel est le pourcentage de réussite dans l’évaluation de l’objectif à atteindre ? Pour le connaître, il faut l’écrire noir sur blanc avant d’entrer le trade.
A priori, on a confiance dans ses graphes. Mais combien de belles opportunités ont été  loupées car on n’y a pas cru ? Est on capable de maîtriser les »exceptionnelles opportunités » qu’offrent les emballements du marché ? Ou de résister aux périodes d’euphorie lorsque les opérations gagnantes semblent relever d’une facilité déconcertante ?
Combien de fois a-t-on ouvert une position en étant contre la tendance ? Est-ce fréquent ?
Si le cours se retourne, le stop est-il systématiquement rentré sur la plateforme du broker ou simplement mental ? Combien de fois le stop a-t-il été déplacé, mentalement ou réellement, dans l’espoir que l’opération redevienne profitable ? Le « mode espoir » est il une exception ou une maladie incurable ?


Plus pernicieux encore. Passer un ordre à l’envers sur la plateforme du broker peut être révélateur de problèmes plus complexes. Est-on prêt à affronter un échec ? L’entourage l’est il ? Un insuccès n’est il que la confirmation que le trading est une activité extrêmement difficile avec peu de gagnants, ou est ce une remise en cause totale de sa personnalité ? Son ego est il engagé ? Aura t on droit éventuellement à une seconde chance ou est ce l’unique tentative, accentuant ainsi la pression?
Aussi étonnant que cela puisse paraître, est on prêt à accepter la réussite, à changer de vie ?
La réussite en trading peut représenter une rupture très délicate à gérer pour certains.

Comme on le comprend, les réponses sont propres à chacun. Et elles sont impossibles à donner si dès le début de l’expérience on ne tient un journal détaillant avec précision les caractéristiques techniques des opérations. Les statistiques que l’on en tirera, fiables, seront beaucoup plus utiles pour la progression que de simples appréciations très subjectives. Lorsque la réussite deviendra régulière, il sera temps de l’abandonner.



Une étape complémentaire très instructive : gagner un jeu.


Il n’y a aucune obligation à se lancer en engageant son capital sans mettre toutes les chances de son côté. Pour répondre à toutes les questions précédentes, s’inscrire à un jeu boursier est probablement la solution la plus judicieuse.

Mais il faut impérativement respecter certaines règles.
Tout d’abord, choisir un jeu durant au moins 2 à 3 mois, pour vérifier que l’on peut durer, que la méthode fonctionne quels que soient les phases de marché, que l’environnement de travail est adapté à l’activité, que les gains sont réguliers et non en dents de scie.
Ensuite, le faire en respectant scrupuleusement la méthode, comme si le capital était réellement engagé. Ce qui signifie que seule la taille des investissements peut être modifiée pour terminer dans les premiers. Mais pas de coups hasardeux, de paris insensés.
Sélectionner un jeu avec de nombreux participants, pour avoir une vraie concurrence, se battre contre d’autres traders qui ont aussi une bonne méthode.
Enfin, puisque le trading doit permettre d’en vivre, il faut terminer dans les premiers, et même gagner le concours.
Et très important, tenir un journal de ses opérations, en les analysant en toute honnêteté, pour être capable de répondre à toutes les interrogations précédentes.

Si l’on termine dans la botte, ou mieux, que l’on remporte le concours, alors on peut considérer que l’on est prêt pour trader en réel. Aujourd’hui, beaucoup de compétitions boursières offrent l’avantage aux lauréats de réaliser des gains bien réels en commençant à opérer à partir d’un compte virtuel. L’apport d’un capital initial n’est même plus nécessaire.

Mais si l’on est perdu dans les profondeurs du classement, il faut avoir le courage d’abandonner cette idée pour l’instant, et revoir sa copie. Qu’est ce qui ne marche pas ?


Tous ceux qui ont commencé le trading en réel on senti à un moment ou à un autre qu’ils étaient prêts à franchir le pas. Ce qui ne les a pas empêchés de perdre beaucoup d’argent. Gagner un jeu boursier, limiter le capital de départ, déterminer une période test, sont probablement trois conditions prudentes et sages pour réussir ses débuts en trading et réduire du mieux possible les pertes initiales.



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Juin 2010

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