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« L’illusion de la monnaie fiduciaire  »

Par Stéphane Montabert

 

La crise de la dette est le résultat de la mauvaise gestion étatique, mais aussi la fille de l'illusion qu'on appelle "monnaie fiduciaire".

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu'était un euro? Un franc suisse? Un dollar? Ce sont des unités monétaires, certes, détenant une parcelle de pouvoir d'achat, échangeables contre des biens ou des services, ou les unes dans les autres selon un taux de change... Mais en énonçant ces caractéristiques, nous n'avons qu'effleuré leur usage, pas leur signification. Celle-ci a largement évolé au cours du temps.

 



 
    DE L'ERE DE LA CONVERTIBILITE - OR ...

Trois caractéristiques ne se sont jamais démenties dans l'histoire de chaque monnaie:

  • La recherche de la respectabilité ;
  • La mainmise des puissants sur son émission ;
  • La manipulation monétaire.

L'utilisation de métaux précieux pour les monnaies est à peu près aussi vieille que la civilisation. Il ne fallut pas longtemps pour que les princes et les rois s'arrogent l'exclusivité de la frappe des pièces, souvent pour des motifs moins avouables que le prestige ou le respect des poids. Le monopole légal de l'émission de monnaie était en effet une étape préalable indispensable à sa falsification.

En France, Philippe le Bel passa à la postérité sous le sobriquet de "roi faux-monnayeur" pour avoir émis des pièces en alliage d'or et de cuivre et usé de toute la force de son autorité pour imposer à ses sujets de leur donner la même valeur que celles en or pur. La ficelle était trop grosse, la révolte faillit renverser son trône. Quelques siècles plus tard, la faillite du Système de Law puis, à la révolution celle des Assignats, démontrèrent la plus grande facilité des autorités à manipuler la monnaie en s'appuyant sur une avancée technique notable, le papier monnaie, ancêtre de nos billets de banque. La planche à billets était née.

Alors que les pièces d'or obligeaient concrètement le métal précieux à circuler dans la nature, rendant les mensonges difficiles, la planche à billets permettait de couper définitivement le lien entre réserves de métal précieux et valeurs en circulation. Pour créer davantage de monnaie, il suffisait d'imprimer plus de billets ou de rajouter un zéro au montant indiqué, et le tour était joué. Même si aujourd'hui la planche à billets a disparu en faveur de virements électroniques, son image est restée.

Peu d'hommes de pouvoir, quelle que soit l'époque, résistèrent à la tentation de créer de la monnaie, prétendument convertible ou pas. Question de nature humaine, peut-être. Les progrès techniques rendirent de plus en plus faciles les possibilités de fraude.

En 1933, un dollar se définissait officiellement comme 1/35e d'once d'or. Une guerre mondiale plus tard, ce taux n'aurait plus été soutenable par la Réserve Fédérale, s'il avait pris l'idée saugrenue aux détenteurs de dollars de réclamer l'équivalent en métal précieux. Il y avait trop de dollars dans le monde et trop peu de lingots à Fort Knox.

Pendant des années, l'illusion fut maintenue au forceps alors que l'incrédulité s'installait. La crise de confiance trouva une issue surprenante en 1971. Alors qu'il aurait lucidement fallu reconnaître une dévaluation et repartir sur une base saine, les Etats-Unis choisirent officiellement de renoncer à coter le dollar contre l'or à parité fixe. La fin du lien entre l'or et la monnaie de réserve mondiale consacra pour de bon l'ère des monnaies dites "flottantes".

Le dollar larguant les amarres avec le monde matériel, plus rien ne s'opposait à une création de monnaie ex-nihilo. Avant, on ne s'en privait pas, mais on avait des scrupules, on s'y livrait en douce. Après, on le fit en toute décontraction. Depuis 1971, le dollar se déprécie donc pratiquement sans discontinuer.

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... A L'AGE DE L'INFLATION
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C’est le surnom dont hérita Livingstone-Livermore durant de nombreuses années. Il commence à travailler dès 14 ans chez un agent de change (vers 1891) en Nouvelle Angleterre en tant que commis chargé des cotations (il reporte sur un grand tableau noir les cours débités par la bande du téléscripteur). Comme il est doué pour le calcul mental et jouit d’une bonne mémoire, il apprend à « lire le téléscripteur » (read the tape) et relève assez rapidement que les hausses et baisses de cours sont précédées de signes annonciateurs qu’il apprend à repérer. C’est en utilisant ces techniques qu’il va commencer à s’enrichir en jouant chez les bookmakers à saisir les petites fluctuations des marchés.

A cette époque, les bookmakers (à ne pas confondre avec les courtiers qui achètent et vendent des actions pour le compte de leurs clients) étaient des « officines tolérées » où l’on pariait sur les cours de bourse (ils furent définitivement supprimés en 1933), dont les pratiques consistaient principalement à faire croire aux clients qu’ils pouvaient gagner facilement de l’argent tout en les plumant méticuleusement, car ils encaissaient non seulement une commission mais également si possible (et ils faisaient tout pour ça), la marge déposée. Si un individu misait à la hausse sur une action cotant 20 dollars, il payait non la totalité de son achat mais seulement une « commission d’achat » de 1/4 de dollar (d’où un prix d’achat de 20 ¼ $) plus une « marge » de 1 dollar. Il ne commençait à gagner qu’au dessus de 20 dollars ¼, mais perdait tout si le cours descendait en dessous de 19 ¼ dollars, car il n’y avait pas d’appel de marge. Selon les investisseurs, les bookmakers pouvaient varier le montant de la commission et/ou de la marge exigée.

En fait, les clients jouaient non contre le marché mais contre le bookmaker, la bande du téléscripteur faisant foi. Si les clients devenaient par trop gagnants, par exemple en cas de hausse, le bookmaker télégraphiait à son courtier de New York de vendre un paquet d’actions de la valeur concernée pour peser sur le cours et le faire descendre d’un seul coup de quelques dollars, histoire de liquider les marges des clients.

Livingstone-Livermore connaissait toutes ces combines, mais sa maîtrise dans l’art de lire le téléscripteur lui permit d’empocher beaucoup d’argent malgré les précautions prises par les bookmakers pour limiter ses gains. Il jouait très souvent, et pratiquait ce que l’on pourrait assimiler aujourd’hui à du scalping. Il avait à peine 20 ans quand il gagna ses premiers 10.000 dollars (1 dollar de l’époque équivaut à environ 20 € de nos jours).

Mais toute médaille a son revers. Comme il inversait les rôles en dépouillant les bookmakers, ceux-ci refusèrent de le laisser parier, et il n’eut plus d’autre choix que de se rendre à New York pour investir directement sur les marchés.

Le dollar n'était pas la seule monnaie qui perdit sa convertibilité dans la deuxième moitié du XXe siècle, loin de là. D'autres l'avaient fait avant ou étaient elles-mêmes convertibles en dollar et devinrent flottantes en même temps que lui. Nombreux furent les politiciens qui, dans chaque pays, virent les avantages évidents d'une monnaie flottante: la possibilité d'en imprimer encore et encore et d'en inonder la société à jet continu, en commençant, bien sûr, par leur clientèle politique.

Ils ne s'en privèrent pas.

Nous entrâmes dans l'ère de l'inflation.

L'inflation est la traduction concrète de l'érosion de la valeur d'une monnaie suite à un accroissement de la masse monétaire. Elle fait monter les prix, grève le coût des matières premières (qu'on ne peut pas imprimer, elles), ruine les épargnants et les retraités, érode le pouvoir d'achat. Il n'y a pas beaucoup de monde pour se réjouir de l'inflation, sauf les endettés les plus irréductibles dont les ardoises ne valent finalement plus grand-chose; mais même eux déchanteront en tant que consommateurs, en découvrant ce qu'ils peuvent désormais s'acheter avec leur salaire mensuel.

L'inflation - qui empoisonna les trente glorieuses - a également une fâcheuse propension à s'emballer. Si les politiciens payent leurs promesses électorales et les salaires des fonctionnaires avec des billets tout frais imprimés, peu de chances qu'ils y renoncent par un soudain afflux de sagesse. Ils voudront plutôt mettre les bouchées doubles. Sans une volonté politique forte (et fort rare) l'inflation a donc tendance à s'accélérer de façon catastrophique. On parle de l'hydre de l'inflation. Telle l'Hydre de Lerme combattue par Hercule, dont chaque tête coupée repoussait à double, la lutte contre l'inflation réclame une discipline absolue. Si le combat échoue, l'inflation grandit et empire, jusqu'à parfois donner lieu à l'hyperinflation, et il faut une brouette de billets d'un milliard pour faire ses courses... Les Allemands de la République de Weimar ou, plus proche de nous, les Zimbabwéens de Mugabe n'en gardent pas un excellent souvenir.

Malgré le clientélisme que la création de monnaie permettait de se payer, l'inflation devint suffisamment préoccupante aux yeux de la grande masse des électeurs pour que la classe politique cherche un moyen de la contenir, du moins en apparences. Il n'était pas question de revenir à des monnaies convertibles, tout de même! A la place, on jura de rompre avec les excès du passé et de se doter d'une bonne conduite monétaire, garantie par des entités prétendûment indépendantes du pouvoir politique.

Les Banques Centrales modernes étaient nées.

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LA MECANIQUE DU GRAND MYSTERE
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Revenons sur notre question de départ. Que signifient un dollar, une livre sterling, un yen quand ces monnaies ne sont plus convertibles en or que selon le taux du jour? Wikibéral nous en donne un bon résumé:

La monnaie [flottante] n'est plus qu'une convention sociale, sans aucune valeur intrinsèque, à cours forcé par la loi. On parle alors de monnaie fiduciaire (fides : la confiance) ou de monnaie décrétée, dite encore monnaie-fiat (fiat money). La valeur des monnaies varient entre elles selon la quantité de crédit émise par chaque pays (une politique monétaire laxiste est "punie" par une baisse de la valeur de la monnaie locale par rapport aux autres devises). Il n'y a plus de contrepartie métallique à la monnaie émise, seulement de la dette, c'est une masse de reconnaissances de dettes.

 Un euro, un dollar, etc. sont des reconnaissances de dettes de leurs banques centrales respectives. Bien que rigoureusement exact, ce n'est pas très parlant. L'explication du fonctionnement des prêts permet d'y voir un peu plus plus clair:

Une banque crée de la [monnaie] pour répondre à un prêt bancaire sollicité par un [client]. En échange, l'emprunteur remet une reconnaissance de dette à la banque. Dans le système actuel, cette création se fait selon certaines règles édictées par la banque centrale. La monnaie actuelle est une monnaie-promesse. Chaque support monétaire de monnaie fiduciaire ou de monnaie scripturale représente une promesse du monnayeur, c'est à dire de la banque qui a émit la monnaie.

Inversement, cet argent est « détruit » au cours du remboursement de cette dette. Une promesse envers soi-même ne vaut rien. Cette monnaie est une promesse qui ne vaut rien lorsqu'elle est entre les mains du monnayeur. On dit alors que la monnaie est détruite, démonétisée.

La masse de dollars, d'euros, de yens en circulation correspond donc à peu près à l'ensemble des prêts libellés dans ces monnaies auprès des banques centrales. A qui prêtent-elles? Aux banques locales, qui elles-même prêtent à des clients ou souscrivent à des obligations d'Etat. Lorsque les prêts sont contractés auprès de la Banque Centrale, la masse monétaire augmente; lorsqu'ils sont remboursés, la masse monétaire diminue.

masse monétaire = dettes

De ceci il découle une conséquence cruciale pour notre compréhension des mécanismes monétaires. Car, comme on l'a vu précédemment, plus il y a d'argent en circulation, moins celui-ci a de valeur.

valeur de la monnaie = richesse / masse monétaire

D'où il ressort que plus il y a de dettes émises dans une monnaie donnée, moins cette monnaie a de valeur.

valeur de la monnaie = richesse / dettes

Les Etats sont des emprunteurs de premier ordre; aucune entreprise, aucun particulier ne saurait arriver à la cheville des niveaux d'emprunt des gouvernements. Une bonne partie de la monnaie-dette émise par les Banque Centrales est employée par les banques commerciales à souscrire à des emprunts d'Etat. Dans d'autres régions du monde, comme en Amérique du Sud, la Banque Centrale couvre directement la dette de l'Etat en créant la monnaie correspondante, sans intermédiaire. Mais quelles que soient les procédures, les conclusions sur la valeur de la monnaie sont immédiates: plus un Etat est endetté, plus sa monnaie est faible.

Nous avons fait le tour des équations. Précisons maintenant leur variation.

La richesse d'un pays, qu'essaye de mesurer son PIB, augmente petit à petit chaque année: c'est la croissance. Les dettes, elles sont liées aux emprunts d'Etat, c'est-à-dire à son train de vie. Elles peuvent augmenter de façon immense et en très peu de temps. Comme c'est le dénominateur de la valeur de la monnaie ci-dessus, cela signifie que plus un Etat s'endette vite, plus l'inflation est forte.

Un Etat lourdement endetté et qui vit très au-dessus de ses moyens aura rapidement besoin d'imprimer des billets d'un milliard...

Refaisons le chemin:

  1. Les dettes d'un Etat augmentent
  2. Cela correspond à une création de monnaie
  3. Cela augmente la masse monétaire globale
  4. Cela diminue la valeur intrinsèque de la monnaie
  5. Si cela arrive à un rythme plus rapide que la croissance, cela crée de l'inflation.
L'inflation est fille aînée de l'endettement. Elle est directement issue de la planche à billet, ou de l'entité qui en garde les clef aujourd'hui,
la banque centrale.

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LES BANQUES CENTRALES, GARDIENNES DU TEMPLE
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Le coeur de la signification des monnaies fiduciaires ayant été abordé, l'intitulé de mission des banques centrales peut se résumer en une phrase: maintenir l'illusion d'une monnaie crédible. Tout en laissant les politiciens créer de la monnaie pour leur clientèle, naturellement. Rappelons-nous, si l'objectif des politiques monétaires était simplement d'avoir une monnaie saine, on se contenterait d'une parité fixe avec l'or ou n'importe quelle autre matière première inerte. Les questions d'inflation et d'équilibre budgétaire de l'Etat se règleraient d'elles-mêmes, et nul n'aurait plus besoin de banque centrale.

Maintenir l'illusion d'une monnaie crédible oblige à préserver certaines apparences. Par exemple, faire croire que la Banque Centrale est indépendante du pouvoir politique. C'est un mensonge cousu de fil blanc. Les gouverneurs des banques centrales sont nommés par les politiciens, et il suffit qu'une crise majeure survienne (comme celle dans laquelle se débat l'Euro) pour voir avec quelle facilité ils renoncent à leurs principes d'orthodoxie monétaire.

Les Banques Centrales sont soumises aux gouvernements et à leur politique dépensière, mais ne doivent pas laisser l'inflation s'échapper; elles en sont théoriquement responsables. Ainsi, la Banque Centrale Européenne (et nombre de ses prédécesseurs nationaux) a pour objectif officiel de maintenir l'inflation en-dessous de 2% par an. Pourquoi 2%, et pas un demi ou quinze? Il n'y a aucune raison, hormis un calcul à la louche qui permet de décréter qu'une inflation à 2% est un objectif "tolérable". Un compromis à 2% laisse suffisamment de latitude aux Etats pour créer de la monnaie sans que le grand public ne se fâche trop. Il en est de même pour les autres critères de Maastricht, les fameux 60% d'endettement maximal et le déficit annuel des Etats limité à 3% du PIB. Tous ces critères ne sont que des gages de crédibilité. Chacun a vu ce qu'ils valaient une fois la crise venue...

Pour maintenir l'illusion d'une monnaie crédible, la banque centrale dispose de deux leviers: la masse monétaire et le taux directeur.

La masse monétaire a été abordée plus haut. C'est l'argent que la Banque Centrale accepte de confier à des tiers, généralement les banques locales. La Banque Centrale peut "ouvrir les cordons de sa bourse" pour inonder le marché de devises. Les banques ont alors d'énormes montants à disposition et peuvent les prêter à qui veut, ou souscrire à des obligations d'Etat par exemple. Les noms et les procédures varient selon les pays - on parle de Quantitative Easing aux Etats-Unis, de desserrer le crédit en Europe... mais tous relèvent de la même logique.

L'accroissement de la masse monétaire a un effet direct sur l'inflation, si bien qu'on peut s'étonner de la contradiction immédiate entre l'ouverture des vannes et la mission officielle d'une banque centrale. Mais c'est oublier que la mission réelle d'une banque centrale, maintenir à tout prix l'illusion de la monnaie fiduciaire, dépasse le seul cadre de la maîtrise de l'inflation. Mieux vaut l'inflation ou une dévaluation qu'une restructuration de dette de l'Etat. Tout est question de priorités.

N'oublions pas non plus que si la valeur de la monnaie diminue, ainsi en va-t-il des dettes libellées dans cette monnaie. Les monstrueux boulets financiers traînés par les Etats européens après des décennies d'excès s'allègent un peu grâce à tous ces billets neufs.

Le deuxième levier, le taux directeur, est médiatiquement plus connu. C'est le prix auquel la Banque Centrale prête sa monnaie illusoire (mais nul n'a le choix, car elle en détient le monopole légal). Pendant les décennies précédentes, le taux directeur a été largement employé pour accélérer ou freiner l'activité économique. Lorsque le taux est élevé, la croissance est ralentie, car emprunter coûte cher. Cela renforce aussi la valeur de la monnaie: épargner dans cette monnaie est rentable. Lorsque le taux est bas, la croissance part dans toutes les directions (y compris des bulles) et la valeur de la monnaie diminue, là aussi un prélude à l'inflation.

Depuis les années Greenspan, chaque banquier central essaye d'actionner le levier du taux directeur avec autant de réussite que lui, donnant des petits coups de frein lorsque l'actvité économique se porte bien pour mieux lâcher du lest lorsqu'elle ralentit. Mais malgré tout, ce levier appartient au passé: le taux directeur de la Banque Centrale est aussi celui sur lequel les Etats se basent pour financer leur dette. Les banques centrales ne sauraient relever les taux; cela reviendrait à serrer le noeud alors que les Etats dont elles dépendent sont endettés jusqu'au cou.

On peut donc sans crainte estimer que les taux directeurs sont condamnés à baisser jusqu'au plancher et qu'ils ne remonteront pas avant très, très longtemps - peut-être même jamais, d'ici que la monnaie fiduciaire disparaisse pour de bon.

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CONCLUSION (S)
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Plusieurs écoles de pensée s'affrontent toujours sur le sens à donner à la monnaie. Nul doute que de brillants esprits (probablement aux commandes de la zone euro avec le succès que l'on sait) auront d'autres conceptions que celles expliquées dans cette modeste tentative de vulgarisation. Certains pensent qu'on peut, qu'on doit, manipuler la monnaie pour accéder à la prospérité économique et à la stabilité; d'autres, tels que moi, estiment que ces manoeuvres d'apprentis-sorciers ne peuvent mener qu'à la catastrophe.

L'interprétation de la monnaie fiduciaire livrée ici permet tout de même d'appréhender simplement deux ou trois aspects de la crise actuelle - par exemple, la façon dont l'or et les matières premières "s'envoleraient". En fait, cette envolée n'est que le résultat de l'érosion de monnaies fiduciaires. Mais comme la livre sterling, l'euro et le dollar glissent tous vers le fond dans une belle harmonie d'ensemble, l'observateur de bonne foi pourrait croire que oui, les matières premières et autres valeurs refuge "montent".

Le pouvoir politique est coupable de bien des maux, dont l'irresponsabilité et la myopie ne sont que les moindres. La tribune de Charles Wyplosz, professeur d'économie internationale, dans les colonnes du Monde, en donne une attitude éclairante. Quant au lien entre la monnaie convertible et l'inflation, on lira avec étonnement un texte écrit par Ludwig Von Mises quatre-vingt ans plus tôt (reproduit ci dessous, Or et Inflation, cliquer sur le titre pour l'ouvrir). Car si la monnaie est antédiluvienne, les illusions qu'elle suscite le sont aussi.

Dans l'insoluble équilibre entre taxation et promesses électorales, les politiciens ont choisi la troisième option, l'endettement. Nous arrivons au bout du chemin. Il ne reste qu'une carte dans la manche des arnaqueurs, l'inflation, à travers la monétisation de la dette. C'est, je crois, la prochaine étape que choisiront les pays de la zone euro pour renoncer à vraiment se réformer.

Afin de constater à quel point nous en sommes loin, finissons sur une citation d'Hans-Hermann Hoppe sur ce que devrait être une monnaie saine:

Seuls sont conformes à la justice, peuvent assurer la stabilité économique, et représentent la vraie réponse au fiasco monétariste actuel, un système de monnaie universelle ayant une valeur intrinsèque (commodity money) telle que l'or, la concurrence bancaire et un taux de réserve de 100% sur les dépôts, avec une stricte séparation entre banques de dépôt et banques [d'investissements].


Stéphane Montabert
Conseiller communal, Renens, Suisse
stephanemontabert.blog.24heures.ch

Boursovision 10/2011

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A lire "Or et inflation" de Ludwig von Mises. Ecrit en 1930, toujours d'actualité !

L’or vole de records en records et l’inflation est de plus en plus vue comme une solution aux problèmes de la dette souveraine. L’occasion de faire découvrir à nos lecteurs un article de Ludwig von Mises, datant des années 1930, mais malheureusement d’actualité… Un article traduit par Hervé de Quengo, publié sur Catallaxia. Nous vous invitons tout particulièrement à le partager.

Article extrait du site internet www.contrepoints.org
Publié (en français) dans Aujourd’hui, première année, numéro 4, daté du 15 février 1938, pp. 153-161.

I

Dans les années qui précédèrent la guerre mondiale, presque tous les pays possédaient l’étalon-or.

Le terme : étalon-or signifie que l’unité monétaire consiste en un certain poids d’or qui est fixé par la loi. Les pièces d’or frappées par les établissements d’État, conformément à la parité légale, sont seules considérées comme monnaie principale. Elles seules ont un pouvoir libératoire illimité : c’est-à-dire qu’un débiteur ne peut se libérer de ses dettes qu’à l’aide de cette monnaie. Pour les besoins des menus paiements de la vie quotidienne, il existe, en outre, des monnaies divisionnaires en argent, nickel, bronze, etc. Mais ces monnaies divisionnaires n’ont qu’un pouvoir libératoire limité. Nul créancier n’est obligé de les accepter en paiement au-delà d’une certaine quotité fixée par la loi. Les monnaies divisionnaires sont frappées uniquement pour le compte de l’État, en quantités que la loi détermine directement ou indirectement. En revanche, la frappe de la monnaie-or est libre.

Partout ou l’étalon-or est en usage, les billets de banque sont en tous temps convertibles en monnaie-or, sur simple demande de leurs détenteurs. Ceci a pour effet de rendre impossible la dévaluation des billets de banque par rapport à l’or. Il s’ensuit qu’on peut définir l’étalon-or comme un système où la valeur de l’or en unités monétaires est fixée par la loi. L’étalon-or a vu le jour en Angleterre, au 18e siècle, et presque tous les pays l’adoptèrent au cours du 19e siècle. L’or devint ainsi l’étalon international.

L’or n’a pas de valeur stable. Il s’ensuit que le pouvoir d’achat de la monnaie-or est variable. Car l’immutabilité du pouvoir d’achat est inconcevable dans un monde qui n’est pas tout à fait figé, c’est-à-dire mort. On peut, toutefois, affirmer que la valeur de l’or est sujette à de moindres fluctuations que la valeur d’autres biens. Mais il ne faut pas, pour cela, s’imaginer que sa valeur soit immuable.

Par rapport à la monnaie libre, c’est-à-dire à une monnaie dont la valeur n’est pas liée à celle d’un métal précieux, l’étalon-or a ce grand avantage d’affranchir le pouvoir d’achat de l’influence des fluctuations politiques. En ce qui concerne les transactions commerciales et financières avec l’étranger, il a l’incomparable avantage de fixer la valeur des échanges monétaires entre les différents pays. Les devises nationales ne varient que légèrement entre deux cotes qui sont à peu près immuables et fixées pour chaque devise par rapport à chacune des autres : ce sont les gold points, les points d’or d’entrée ou de sortie.

II

L’abandon de l’étalon-or n’a pas été causé par le déchaînement des éléments, ou par des catastrophes qu’il n’était pas au pouvoir de l’homme de détourner. Son abandon n’est pas une conséquence directe de la Grande Guerre et des transformations politiques de l’après-guerre. L’étalon-or s’est effondré, parce que les gouvernements, les parlements et l’opinion publique ne désiraient plus le maintenir.

la guerre, et puis la malheureuse politiques d’après-guerre ont considérablement enflé les dépenses publiques. Ces dépenses auraient pu être entièrement couvertes, soit par l’augmentation des impôts, soit par l’émission d’emprunts. Car, de toutes manières, ce que l’État dépense ne peut être pris que de deux sources : des revenus ou du capital des citoyens. Un troisième moyen n’existe pas. Ce que l’État dépense en trop doit être fourni par les citoyens, qui réduisent leurs dépenses ou entament leur fortune. C’est là une vérité élémentaire et facile à saisir, bien que certaines gens aient de la peine à l’admettre.

Dans le cas où gouvernement et parlement sont, d’une part, trop faibles pour limiter les dépenses, et que, de l’autre, ils reculent devant l’impopularité de nouveaux impôts, et si, enfin, ils ne peuvent contracter d’emprunt, alors ils recourent à la troisième solution, qui est l’inflation. L’État émet lui-même du papier-monnaie, ou bien il oblige la Banque nationale à lui consentir un emprunt, par une émission supplémentaire de billets de banque. Ces billets ont cours forcé ; la Banque est relevée de l’obligation de les échanger sur demande contre de la monnaie-or.

L’inflation n’est pas un moyen de couvrir définitivement les besoins accrus. L’État a, par exemple, besoin de canons. Ces canons doivent être fabriqués, et les matières premières et la main-d’oeuvre dont on a besoin pour la fabrication doivent être récupérés sur les citoyens, et pour cela distraites d’autres emplois. Une émission supplémentaire de billets ne peut produire des biens réels. Quand l’État recourt à l’émission de papier-monnaie, c’est aux citoyens qu’en réalité il les demande. Les voies par lesquelles on amène les citoyens à sacrifier une partie de leur revenu ou de leur capital à l’État diffèrent, quand il s’agit d’inflation, de ceux employés en cas d’impôts supplémentaires ou d’emprunt. Mais toujours et dans tous les cas, ce sont les citoyens qui paient l’écot, et nullement l’État, ou quelque pouvoir mystérieux et magique.

Lorsque, pour couvrir ses besoins accrus, l’État, devenu acheteur, jette sur le marché ses billets nouvellement imprimés, il fait monter les prix des biens et de la main-d’oeuvre dont il besoin. les prix de ces biens et de cette main-d’oeuvre augmentent ; mais les prix des autres biens et de la main-d’oeuvre non requis par l’État restent tout d’abord stationnaires. Ils ne commencent à monter que lorsque, eux aussi, voient la demande monter. Tous ceux dont les revenus augmentent du fait des commandes de l’État — en cas d’armements, les entrepreneurs et les ouvriers des industries d’armement — font, à leur tour, monter les prix par la demande accrue des marchandises qu’ils désirent acheter. L’augmentation des prix se poursuit ainsi, de groupe en groupe, jusqu’à ce que, finalement, elle s’étend à tous les prix et tous les salaires.

Du fait que l’augmentation des prix résultant de l’inflation n’atteint pas du même coup toutes les marchandises et toutes les catégories de travailleurs, découlent toutes ses conséquences sociales, ainsi que les avantages qu’en retire le Trésor. Car, tant que cette hausse des prix n’a pas accompli son périple complet à travers toute l’économie, elle nuit à tous ceux qui ne peuvent retirer que les prix anciens des marchandises qu’ils ont à offrir, cependant que, pour les marchandises et pour la main-d’oeuvre dont ils ont besoin, ils ont à payer les nouveaux prix augmentés. Ce sont ces couches de la population qui paient l’écot : ce qu’ils consomment en moins ou distraient de leur fortune enrichit les autres.

Ces effets de l’inflation sur les prix s’étendent indifféremment à tous les domaines, et quel que soit l’emploi de l’argent ainsi obtenu. Même lorsque ces sommes ne restent pas improductives, comme c’est le cas lorsqu’elles servent à acheter des armes, leur effet sur le mouvement des prix reste le même.

On voit ce qu’il faut penser du recours à l’inflation — avouée ou déguisée — lorsqu’il s’agit de couvrir les dépenses publiques, ou d’encourager l’activité industrielle par l’abaissement du taux d’escompte et l’élargissement du crédit.

III

La multiplication de la monnaie-papier a pour conséquences sa dépréciation par rapport à l’or, par rapport aux marchandises, à la main-d’oeuvre, et aussi par rapport à l’argent étranger. La Banque n’étant plus tenue d’échanger les billets contre de l’or, et la quantité des billets de banque augmentant, leur valeur par rapport à l’or décroît. Comme les prix montent à l’intérieur du pays, alors qu’ils restent les mêmes à l’étranger, il s’ensuit que le prix de l’argent étranger doit également monter à l’intérieur du pays.

Les lois du pays se cramponnent néanmoins à la fiction que la valeur de la monnaie nationale n’a pas changé. Ils reconnaissent à la monnaie-papier dépréciée le même pouvoir libératoire qu’à la monnaie-or dont la valeur est supérieure sur le marché. Celui qui a une dette de cent francs a le droit de s’en libérer indifféremment par le versement de cinq pièces de vingt francs en or, ou par le versement de cent francs en monnaie-papier. Il va de soit que le débiteur choisira le mode de paiement qui lui est le plus avantageux et donnera du papier et non de l’or. Il en résulte que l’or disparaît de la circulation. Quiconque a de l’or le garde, ou cherche à l’échanger là où il en obtient davantage que la valeur nominale en monnaie-papier. Des deux monnaies en concurrence, « la pire chasse la bonne ». Cependant, n’oublions pas que cela n’est possible que parce que les gouvernements imposent à la monnaie inférieure qu’ils ont créée le même pouvoir libératoire qu’à la bonne monnaie.

IV

L’or une fois chassé de la circulation par la politique, les politiciens émirent l’affirmation que l’étalon-or avait fait faillite et que, pour cette raison, il était impossible d’y retourner. Tantôt ils donnent comme raison que la production d’or est insuffisante, ce qui provoquerait une forte baisse des prix, en cas de retour à l’étalon-or. Et tantôt ils affirment que la production d’or est si considérable qu’un retour à l’étalon-or entraînerait une hausse des prix considérable. Enfin, l’on soutient en outre, qu’avant de songer à restaurer l’étalon-or, il faudrait rétablir des conditions normales dans la vie économique.

Tous ces arguments sont sans valeur. L’ordre ne sera rétabli dans la vie économique que lorsque le désordre monétaire aura pris fin, grâce au retour à l’étalon-or. Rien ne serait plus simple. Pour que l’étalon-or fonctionne à nouveau sans accrocs, il suffit que les gouvernements s’abstiennent à l’avenir de toute tentative de couvrir une partie du déficit par de nouvelles émissions de monnaie-papier, ou de stimuler artificiellement l’activité économique par un élargissement du crédit. Tout pays, qu’il soit pauvre ou riche, fortement armé ou sans moyens de défense, peut rétablir et maintenir l’étalon-or « orthodoxe » (qualificatif qu’on applique aujourd’hui à l’étalon-or), pourvu qu’il le veuille. Et cela indépendamment de sa situation budgétaire, du bilan du commerce extérieur, des dettes contractées à l’étranger, ou encore des ressources à l’intérieur du pays. Une seul chose est indispensable : qu’on renonce à des mesures vaines qui, dans le cours des événements, ne font qu’ébranler le système monétaire.

Ce ne sont pas les faits qui empêchent le retour à l’étalon-or : ce sont des doctrines erronées, soutenues par l’opinion publique. POur amener le rétablissement de l’étalon-or, il faut que l’opinion publique, et les gouvernements à sa suite, renoncent aux conceptions qui les dominent aujourd’hui. Pour qu’un pays puisse maintenir son étalon-or, il n’y a rien d’autre à faire qu’à renoncer aux procédés dont on use actuellement. Les règles indispensables au maintien de l’étalon-or les suivantes :

1) En aucun cas la machine à imprimer ne doit servir —directement ou indirectement — à couvrir les dépenses publiques. Toutes les dépenses publiques doivent être couvertes par les impôts ou les emprunts que les citoyens consentent à distraire de leurs économies.

2) La Banque d’émission doit, en tous temps, et immédiatement, convertir les billets émis par elle, au taux de la parité or légale. Et pour être en état de le faire, elle doit éviter de baisser artificiellement le taux de l’escompte par l’élargissement du crédit.

Tant que les peuples ne seront pas disposés à appliquer rigoureusement ces principes, ils ne cesseront pas de souffrir de troubles monétaires. Il est insensé d’appliquer aux fluctuations monétaires les termes empruntés au vocabulaire militaire. Il n’y a pas de bataille du franc, ni d’attaque du franc, ni de défense du franc. Il n’y a que deux politiques monétaires : celle qui ne veut pas avilir la monnaie, et celle qui entraîne l’abaissement du pouvoir d’achat de l’unité monétaire. La faillite de l’étalon-or est la conséquence d’une certaine politique monétaire et non l’oeuvre des spéculateurs, ni la conséquence d’une fatalité à laquelle on ne peut se dérober ; elle n’est pas non plus assimilable à une bataille perdue.

Une bonne partie de l’opinion publique et beaucoup d’hommes d’État sont d’avis que l’inflation et toutes les conséquences qu’elle entraîne sont préférables au maintien de l’étalon-or — ou, du moins, que c’est un moindre mal. Cette opinion est erronée. Mais, du moment qu’on la fait sienne, il ne faut pas s’étonner si, infailliblement, les conséquences de l’inflation se produisent.

V

Ce serait dépasser les limites de cet article que d’énumérer tous les arguments produits par les partisans de l’inflation et d’en démontrer l’inanité. On l’a, du reste, fait si souvent, que, pour se renseigner, il suffit de recourir aux nombreux ouvrages qui traitent de la question.

Nous n’insisterons que sur un des aspects du problème, et cela parce qu’on lui accorde généralement une attention insuffisante.

Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :

L’inflation nuit au créancier et favorise le débiteur. Mais —choses surprenante — l’opinion publique croit y voir un avantage des classes pauvres au détriment des riches. Mais l’opinion que les riches sont les créanciers et que les pauvres sont les débiteurs est démentie par les conditions sociales actuelles. Les grandes fortunes sont généralement investies en actions, entreprises, maisons ou terrains. Mais les modestes fortunes de la classe moyenne consistent généralement en créances. Les économies des ouvriers et des intellectuels sont déposées dans les banques et les caisses d’épargne, ou servent à l’achat d’obligations. Les moins favorisés deviennent ainsi les créanciers des plus riches, à qui appartiennent les entreprises, maisons et terrains endettés. La destruction de la valeur des créances n’est donc pas un avantage pour les pauvres, mais, au contraire, un préjudice.

La stabilité sociale d’un État industriel moderne a pour fondement la possibilité pour chacun d’économiser et de jouir de ses économies. Si, par l’inflation, on frustre les épargnants du fruit de leurs épargnes, on sape les bases de l’équilibre social. Même si, du point de vue économique, l’inflation n’était pas si désastreuse, elle devrait être combattue par tout homme d’État, à cause de ses répercussions sociales. Elle prolétarise les classes moyennes et les jette dans les partis extrêmes. C’est dans les rangs des classes dont l’inflation a englouti l’avoir que les amateurs de coups de force recrutent leurs troupes.

Recourir à l’inflation pour surmonter des difficultés passagères équivaut à brûler ses meubles pour se chauffer.

 

 

           
           

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